Le Bloc-notes : la Croix et la Gloire
- M.de_Fraguier
- 29 mars
- 3 min de lecture
“Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.”
Charles Péguy – Notre jeunesse (1910)

Prise lors de l’incendie de Notre-Dame en avril 2019, cette photo est une de celles qui sont restées dans les mémoires. Devant les pompiers, la fumée et les décombres de la flèche et d’une partie de la voûte. Au centre de cette vision d’apocalypse, une croix avec un point lumineux au-dessus d’elle. C’est La Croix et la Gloire, chef-d’œuvre de l’artiste Marc Couturier. Il dira que sa création « remplissait son devoir : resplendir dans la nuit et dans le chaos ».
Située au fond du chœur, cette Croix glorieuse surplombe une sculpture de Nicolas Coustou, réalisée il y a 300 ans. C’est une piéta, ou descente de croix, c’est-à-dire une représentation de Marie tenant dans ses bras le corps sans vie de son fils. Pendant l’incendie, du plomb fondu s’était écoulé sur la sculpture de marbre blanc. Lors des travaux de restauration, le plomb qui se trouvait dans la main droite de Jésus a été conservé. « Ce sera le seul signe visible de l’incendie à l’intérieur du monument. La coulure de plomb sur la main du Christ restera la marque de la souffrance de la cathédrale », a expliqué Philippe Villeneuve, l’architecte en chef des monuments historiques chargé de sa restauration.
Derrière cette piéta se trouvait une croix qui avait disparu depuis longtemps. Dans les années 1990, la décision fut prise, par l’archevêque de Paris, le cardinal Lustiger, et par l’État, propriétaire de la cathédrale, d’en ériger une nouvelle. C’est au créateur contemporain Marc Couturier qu’est confié ce projet. Grâce à mon épouse, j’ai eu l’occasion de le rencontrer il y a quelques années. Il nous raconta que monseigneur Lustiger lui avait montré le chœur de Notre-Dame en disant : « j’ai une descente de croix … sans croix ! ».
Sa croix est surmontée d’une “gloire”. C’est un paradoxe que de vouloir associer les deux. Mourir sur une croix était réservé dans l’Antiquité aux brigands, aux déserteurs, aux esclaves. C’était pour Cicéron « le plus cruel et le plus horrible des supplices ». Saint Paul parlera de la crucifixion comme d’une « folie » pour les païens et d’un « scandale » pour les Juifs. Rien de glorieux donc !
La mort de Jésus sur une croix précède sa résurrection. L’un ne va pas sans l’autre. Le pape François l’avait rappelé en 2017 en parlant de « l’illusion d’un Christ sans croix ou d’une croix sans Christ ». C’est pour cela que l’Église catholique célèbre chaque 14 septembre la Croix glorieuse, symbole d'Espérance.
Si la croix est devenue le symbole du christianisme, c’est qu’elle est « source de vie, de pardon, de miséricorde, signe de réconciliation et de paix », comme l’expliquait le pape Benoit XVI à Lourdes en 2008. Il s’appuyait pour dire cela sur l’évangile de saint Jean : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique […] pour que le monde soit sauvé. », et sur cette parole de Jésus en croix dans l’évangile de saint Luc : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. ».
Haute de plus de six mètres, réalisée en bois (mais résistante au feu !), recouverte de feuilles d’or jaune, la croix de Marc Couturier est plus large à sa base que dans sa hauteur, les branches sont légèrement en biais et les angles sont arrondis, reprenant les principes de la perspective que les Grecs avaient utilisés dans la construction du Parthénon. Sa gloire, suspendue au-dessus de la croix, est aussi en bois, mais recouverte de feuilles d’or blanc. Elle est de la même longueur que les bras ouverts de Marie dans la Piéta. Le sculpteur lui a donné la forme d’un poisson, signe de reconnaissance entre les premiers chrétiens. Il n’y a pas d’éclairage. Ce sont les feuilles d’or jaune et d’or blanc qui reflètent la lumière du chœur.
Que cette Croix glorieuse accompagne tous ceux qui se préparent à la fête de Pâques pendant ces quarante jours du carême.
M. de Fraguier

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